ESMERALDINE

 

sorcière

Ouvrir la porte de l'immeuble d'Andrade, cela semblait facile mais en réalité, il n'y avait que des portes de sortie.

Esmeraldine en fit le tour avec son seau, son balai et sa bombonne de fongicide. Son patron lui avait indiqué que la difficulté pour nettoyer toutes les cages d'escalier de cette tour haute de trois-cent mille étages était de trouver comment y pénétrer... sans que l'alarme, prenant la forme buccolique d'une fanfare de village, ne se déclenche.

Elle regarda sous le paillasson. Il y avait bien une clé à tête de mort mais aucune serrure en vue, que des portes qui s'ouvraient vers l'extérieur, vierges d'orifice. Elle gratta son psoriasis qui se plaisait à pousser sur sa joue gauche, et d'un geste vif tampona le carreau unique d'une des dix huit portes affichant ironiquement un EXIT rose néon. Le concierge était mort il y a trois ans, et l'immeuble était réputé être vide mais sait-on jamais, se dit-elle.

Un tamanoir nain et volant (avec des ailes en écailles de tatou) se colla, sa langue tubulaire pendue, sur la surface mal lavée de la vitre. Esmeraldine sursauta comme jamais, comme dans un dessin animé. Elle enfila ses babouches, et décolla du sol dans des vapeurs incongrues pour quitter cet endroit désormais maudit.

Esmeraldine n'avait jamais vu de tamanoir, nain et volant, de sa pauvre vie de femme de ménage, ni en vrai, ni dans aucun livre existant. Tout comme elle n'avait jamais vu de cochon bleu. Elle balaya l'air à l'aide de son balai pour se diriger vers le second vortex.