RENDEZ-VOUS GALANT

 

romantique

Difficile de ne pas se retenir lorsqu'on se tient devant un miroir. Le professeur Naglizca se remit la mèche au bon endroit pour cacher la misère d'une calvitie bien entamée, et épousseta son noeud papillon de quelques pellicules dissonantes. Rendez-vous galant était pris à la brasserie Bien le Bonjour avec une charmante dame. Il y allait de ce pas, non sans un dernier mime devant la glace pour se convaincre de son pouvoir de séduction.

Deux trois calèches plus tard, il s'attabla en terrasse. Deux trois heures plus tard, la dame vînt. D'une grâce féline, enrobée de frous frous fruités et d'un teint hâlé. Grazia, c'était son nom, était danseuse nue dans un sordide cabaret des bas quartiers (première à droite de la rue des Pomelons en partant de l'avenue Gloche) et avait accepté sans effort les avances répétées du professeur. Lequel professeur venait tous les soirs dans les coulisses la féliciter de ses acrobaties. Elle avait tout intérêt à venir à ce rendez-vous, étant une grande espionne à la solde de l'ennemi sans nom...

Elle déposa un baiser sur le front du professeur et lui glissa un mot enjôleur à l'oreille. Le professeur lui sortit un bouquet d'héliotropes géants, métaphore maladroite de son amour fou à cet instant. Elle entraîna alors vers les toilettes de la brasserie, le portant littéralement sous le bras, sans que personne ne s'en emmeuve. Elle le plaqua farouchement contre le mur, sourit et sortit de son imposant décolleté un petit pistolet qu'elle pointa sur son nez. "Tu n'es pas le professeur, où est le professeur !?". Naglizca objecta par des marmonements indignés. Elle fulmina : "A trois, je tire !"

 

"UN, DEUX, TROIS !"

 

Le miroir se brisa.