Bob l'Ampère

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Tard dans la nuit, je trouvai souvent refuge dans le grenier où m’attendait un petit bureau de fortune, des monticules de feuilles, une plume et un encrier. Je me plongeai alors dans les chroniques d’un homme voyageant à travers l'espace, que j'avais brillament pré-nommé Bob l'Ampère.

J'avais écrit près de trente-deux pages narrant ses exploits et j'étais loin d'avoir épuisé l'étendue de mon imagination. J'avais fait de Bob l'Ampère une sorte de double littéraire, un moi idéal, une madame de Bovary de l’espace. Il naviguait dans le vide intersidéral. Je noircissais des pages et des pages d’aventures sidérantes. Il était beau comme Weissmuller, fort comme Attila et rapide comme le train à vapeur. J'étais de bonne constitution. Enfin, je lui faisais vivre des aventures extraordinaires contre des créatures à tentacules et d’hideux monstres protéiformes contre lesquels j’aurais bien pu me mesurer si j'avais été moi-même homme de l'espace.

Bob était surtout pour moi une nouvelle raison de vivre, de rêver et d'espérer. Etait-ce trop demandé ? Je repris donc mes papiers et commençai à écrire fiévreusement une nouvelle histoire. Je l'intitulai provisoirement Bob l'Ampère contre les Extra-Martiens en direction de Saturne. Dans cet épisode, Bob devait sauver une princesse dénudée d’une contrée inconnue. La charmante Voltana qui avait été enlevé par le sinistre Bilboquet, un vénusien qui ressemblait à un volcan avec des yeux. Pour parvenir à la délivrer, Bob affrontait le peuple sanguinaire d’une comète, les Hertz, des êtres électro-magnétiques tapis dans les fameuses montagnes de Quartz. Après quelques péripéties bien envoyées, il terrassait le lion de Gibraltar aux innombrables têtes, envoyait valdinguer Bilboquet à l’aide d’une bombe radiophonique puis repartait dans son obus de transportation avec sa nouvelle prise : Voltana la princesse. Mais je n’en étais qu'au début de l’histoire, cette princesse était en faite un monstre purulent et devait, lorsque Bob avait bien entendu baisser la garde, se transformer en calamar incandescent.

Mon histoire fut cette nuit un refuge. Une petite tanière décorée avec soin, et goût, où l’on peut se tenir bien au chaud et bien loin d’une réalité que l’on sait par trop morose. A ce propos "Vive Bob l'Ampère !", je vous abandonne, lecteur du XXIème siècle, et retourne de ce pas à mes écrits.